Une tempête hivernale d’une ampleur exceptionnelle frappe les États-Unis depuis le week-end du 25 janvier 2026, plongeant une vingtaine d’États dans un chaos sans précédent depuis 40 ans. Entre pannes de courant massives, paralysie des transports aériens et températures polaires atteignant -45°C, cette catastrophe météorologique touche plus de 220 millions d’Américains.

Un bilan humain et matériel lourd

La tempête hivernale baptisée Fern a déjà causé la mort de 11 personnes et privé d’électricité près de 900 000 foyers et commerces dimanche à la mi-journée. Le Tennessee est l’État le plus durement touché avec près de 300 000 clients sans courant, suivi du Mississippi avec 150 000 foyers affectés, de la Louisiane avec plus de 120 000 clients privés d’électricité et du Texas dépassant les 100 000 coupures.

Plus de 14 000 vols à destination et en provenance des États-Unis ont été annulés au cours du week-end selon le site spécialisé FlightAware, auxquels s’ajoutent des milliers d’autres retardés. Les aéroports les plus touchés sont Philadelphie, Washington, Raleigh-Durham en Caroline du Nord, New York et le New Jersey. Dimanche, plus de 10 000 vols supplémentaires étaient annulés et 8 000 autres retardés.

État d’urgence dans 20 États américains

Face à l’ampleur de la catastrophe, 20 États ainsi que la capitale fédérale Washington ont déclaré l’état d’urgence. Le président Donald Trump a approuvé samedi des déclarations d’urgence pour une douzaine d’États, permettant le déploiement rapide des moyens de la Fema, l’agence américaine de gestion des catastrophes naturelles.

Environ 213 millions de personnes étaient concernées dimanche matin par une alerte météo hivernale, soit plus de la moitié de la population américaine. Les services météorologiques nationaux ont émis des alertes rouges pour une vaste zone s’étendant du sud des montagnes Rocheuses jusqu’à la Nouvelle-Angleterre.

Des températures glaciales inédites depuis quatre décennies

Les météorologues qualifient cette vague de froid de la plus intense depuis 40 ans. Les températures ont chuté dramatiquement dans l’ensemble du pays, avec des relevés atteignant -35°C dans le Minnesota et -33°C dans le Dakota du Nord. Les températures ressenties avec le facteur vent frôlent les -45°C dans les Grandes Plaines du Nord et le Haut-Midwest.

Même les États du Sud, habituellement épargnés par de tels épisodes, sont touchés de plein fouet. Dallas a vu le thermomètre chuter à -6°C, tandis qu’au Texas, les routes ont dû être salées, une situation inhabituelle pour cette région. Le maire de Houston, John Whitmire, avait averti que sa ville allait connaître une tempête violente comme peu d’habitants en ont connu.

Une triple menace météorologique

La tempête hivernale Fern présente trois configurations dangereuses selon les régions. Dans le centre du pays, une langue d’air arctique particulièrement intense s’est installée, provoquant des températures extrêmes. Les chutes de neige ont été massives samedi dans le Kansas, l’Oklahoma et le Missouri, où certaines localités affichaient 20 centimètres au sol dès samedi soir.

Sur la façade atlantique, une confrontation violente entre les dépressions océaniques et l’air arctique génère des conditions de blizzard sévères, particulièrement autour de New York. Les prévisions annoncent entre 30 et 60 centimètres de neige de Washington à Boston, avec une visibilité quasi nulle et des bourrasques violentes.

Plus au sud, une configuration atmosphérique redoutable s’est mise en place : l’air chaud en altitude glissant sur une couche d’air froid au sol génère des pluies verglaçantes massives. Ces précipitations ont formé une carapace de glace pouvant atteindre 4 centimètres d’épaisseur, causant le chaos sur les routes et provoquant des pannes de courant généralisées.

La vie quotidienne bouleversée

Les supermarchés ont été pris d’assaut par les habitants qui craignent d’être confinés chez eux. De nombreux rayons se sont retrouvés vides, notamment en Virginie où des images montrent des étagères complètement dégarnie. À New York, la ville a mobilisé plus de 2000 chasse-neiges, 700 saleuses et va utiliser quelque 350 000 tonnes de sel routier pour faire face à la situation.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, a demandé d’éviter tous les déplacements non essentiels dimanche. La gouverneure de l’État, Kathy Hochul, a exhorté les habitants à rester chez eux, avertissant que cinq ou six minutes à l’extérieur peuvent être littéralement dangereuses pour la santé. Une décision concernant la fermeture des écoles lundi devait être prise dans la journée de dimanche.

Un danger particulier pour les populations vulnérables

Les autorités ont ouvert des centres d’accueil d’urgence pour les sans-abri, notamment à Houston. Caroll Eaton, un sans-abri de 71 ans, témoigne de sa situation précaire : “La nuit dernière, je suis resté dans mon campement sous la pluie, et il ne faisait même pas vraiment froid. Mais je sais que ce soir, cela me tuerait probablement.”

À Chicago, des équipes de travailleurs sociaux font la tournée des sans-abris pour leur apporter des chauffages au propane et les encourager à se mettre à l’abri. Le maire de Houston a précisé que tous étaient bienvenus dans les abris, affirmant ne pas demander de papiers d’identité, en référence aux opérations de la police de l’immigration à travers le pays.

Des infrastructures mises à rude épreuve

En Caroline du Nord, à Pineville, des ruptures de canalisations ont été signalées, tandis que les lignes électriques sont alourdies par l’accumulation de glace. Au Nouveau-Mexique, la neige et la glace ont abattu tellement d’arbres et de lignes électriques que les équipes chargées de rétablir le courant ont dû se retirer pour la nuit.

Les agents de la police routière du Missouri ont répondu à 412 appels d’urgence samedi après-midi, dont 54 automobilistes en panne, 63 accidents mineurs et 11 accidents avec blessés. Dans l’Oklahoma, les autorités sanitaires ont signalé samedi 11 blessures liées à la tempête, notamment des chutes et des accidents de transport.

Le souvenir de la panne générale du réseau électrique texan lors de la tempête hivernale de 2021 reste dans tous les esprits. Cette fois-ci, le gouverneur Greg Abbott s’est voulu rassurant, affirmant que le réseau électrique n’a jamais été aussi robuste et préparé. Néanmoins, les chiffres des coupures actuelles montrent que la situation reste critique.

Un phénomène lié au vortex polaire

Cette tempête brutale résulte d’un vortex polaire étiré, une zone arctique d’air froid et de basse pression qui forme normalement un système circulaire relativement compact. Lorsqu’il se transforme en une forme plus ovale, il déverse de l’air froid sur l’Amérique du Nord. Les scientifiques affirment que la fréquence croissante de ces perturbations du vortex polaire pourrait être liée au changement climatique, bien que le débat ne soit pas clos et que la variabilité naturelle joue également un rôle.

Le président Trump, sceptique face au réchauffement climatique, a remis en question le lien entre ce front froid et les bouleversements climatiques plus vastes, publiant sur Truth Social : “QU’EST-IL ARRIVÉ AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ???”. Cette prise de position intervient alors qu’il a annulé plusieurs politiques en faveur des énergies vertes depuis son retour à la Maison Blanche.

Des perturbations qui vont durer

Les services météorologiques nationaux avertissent que le verglas et les chutes de neige devraient se poursuivre jusqu’à lundi sur une grande partie du pays. Un froid glacial s’installera ensuite sur la quasi-totalité des deux tiers est du pays, à l’est des Rocheuses. La glace et la neige fondront donc plus lentement, ce qui pourrait compliquer les efforts de rétablissement du courant et des infrastructures.

Les autorités ont mis en garde contre un froid extrême, potentiellement mortel, qui pourrait persister jusqu’à une semaine après la tempête. Selon certains météorologues, les dix prochains jours d’hiver seront les pires depuis 40 ans à travers les États-Unis. Ryan Maue, météorologue réputé, a lancé un avertissement sans équivoque : “Réfléchissez à là où vous pouvez aller, à ce que vous pouvez faire, et à ceux qui ont besoin d’être aidés encore plus pour survivre durant la semaine à venir. Ce n’est pas une exagération ou une blague.”

L’indice Waffle House, baromètre informel des catastrophes

Un indicateur inattendu mais révélateur de la gravité de la situation est devenu viral sur les réseaux sociaux : la fermeture des restaurants Waffle House. Le bureau du shérif du comté de Cherokee a publié sur Facebook : “On sait que la situation est grave quand Waffle House est fermé !” L’ouverture des restaurants de cette chaîne de gaufres est devenue une méthode informelle pour évaluer la gravité des catastrophes climatiques dans le Sud des États-Unis, surnommée “l’indice Waffle House”.

Cette tempête hivernale historique rappelle la vulnérabilité des infrastructures américaines face aux événements climatiques extrêmes et pose la question de leur adaptation aux bouleversements météorologiques de plus en plus fréquents et intenses.