Quarante vies fauchées dans la nuit du Nouvel An, 116 blessés, des familles brisées et une question qui hante les esprits : comment un tel drame a-t-il pu se produire ? Un mois après l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, l’enquête pénale révèle des défaillances alarmantes, des négligences répétées et des responsabilités qui s’étendent bien au-delà des propriétaires de l’établissement. Les regards se tournent désormais vers les services de sécurité de la commune, dont les manquements pourraient avoir joué un rôle clé dans cette tragédie. Le parquet valaisan a annoncé l’élargissement de son instruction pénale à deux responsables des services de sécurité de Crans-Montana, une décision saluée par les familles des victimes. Ces derniers, qui doivent être entendus dans les prochains jours, ont reconnu ne pas avoir effectué de contrôles de sécurité et de prévention des incendies dans l’établissement depuis 2019, alors que ces vérifications sont censées être annuelles. Une omission aux conséquences dévastatrices, qui soulève des interrogations sur la gestion des risques dans cette station huppée des Alpes suisses. Les propriétaires du Constellation de nouveau sous le feu des projecteurs Au cœur de cette affaire, le couple de Français Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation, fait l’objet d’une instruction pénale pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Placés sous le feu des critiques depuis le drame, ils doivent être à nouveau entendus par le ministère public valaisan les 11 et 12 février. Jacques Moretti, initialement placé en détention provisoire le 9 janvier, a été libéré le 23 janvier après le paiement d’une caution, mais reste soumis, comme son épouse, à des mesures de contrainte. Selon les premières conclusions de l’enquête, l’incendie aurait été provoqué par des étincelles de bougies « fontaine », qui auraient enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l’établissement. Un scénario qui met en lumière les conditions de sécurité précaires du bar, où des centaines de jeunes s’étaient réunis pour fêter le Nouvel An. Les images de surveillance, dont une partie a été perdue, montrent une foule compacte et une sortie de secours difficilement accessible, des éléments qui pourraient alourdir la responsabilité des propriétaires. Pour en savoir plus sur le couple Moretti et leur parcours, découvrez leur histoire et leur collection de voitures de luxe. Des contrôles absents depuis 2019 : la responsabilité de la commune en question L’élargissement de l’enquête aux responsables de la sécurité de Crans-Montana marque un tournant dans cette affaire. L’actuel responsable du service de sécurité publique de la commune doit être entendu le 6 février en « qualité de prévenu », une première dans cette procédure. Un ancien chargé de la sécurité incendie, qui sera auditionné le 9 février, est également cité à comparaître. Leur avocat, David Aïoutz, a confirmé cette information, soulignant que « l’enquête avance et c’est une excellente nouvelle pour les familles » des victimes. Pourtant, les explications fournies jusqu’ici par les autorités locales laissent perplexes. Le président de la commune, Nicolas Féraud, a reconnu lors d’une conférence de presse ne pas savoir pourquoi les contrôles périodiques du bar n’avaient pas été effectués entre 2020 et 2025. Une déclaration qui a suscité l’indignation des familles, déjà meurtries par la perte de leurs proches. « Je suis coupable aux yeux de beaucoup de gens », a-t-il admis cette semaine, ajoutant que le ministère public établirait les responsabilités de chacun, y compris la sienne. Des propos qui résonnent comme un aveu de défaillance, alors que les victimes attendent des réponses claires. Des images de surveillance perdues : une enquête sous tension L’enquête est également émaillée de controverses, notamment autour de la gestion des images de surveillance. Selon plusieurs médias, la police intercommunale n’a pas conservé les enregistrements des caméras avant le drame, à l’exception de ceux réalisés entre minuit et 6 heures du matin. Une situation qui complique la reconstitution des événements et alimente les critiques à l’encontre du ministère public valaisan. « Les communes du Haut-Plateau disposent d’environ 250 caméras sur l’ensemble du secteur, mais la question de la sauvegarde des images est du ressort du parquet », a déclaré la police intercommunale de Crans-Montana à l’AFP. Cette polémique s’ajoute à une série de tensions entre les différentes parties prenantes. Le ministère public valaisan a ainsi rejeté, dans une ordonnance datée du 27 janvier, la demande de Crans-Montana d’être reconnue comme partie à la procédure pénale. Une décision saluée par Romain Jordan, l’avocat représentant plusieurs familles de victimes, qui a dénoncé les « tours de passe-passe » de la commune pour tenter d’influencer l’enquête. « C’est une très bonne chose », a-t-il déclaré, soulignant que cette décision permettait de préserver l’indépendance de la procédure. Un drame aux répercussions internationales L’incendie du Constellation a eu des répercussions bien au-delà des frontières suisses. Parmi les victimes, on compte plusieurs Français et Italiens, des jeunes venus célébrer le Nouvel An dans cette station réputée pour son ambiance festive. Ce drame a rappelé, de manière brutale, les risques liés aux établissements recevant du public et la nécessité de renforcer les contrôles de sécurité. En Suisse comme ailleurs, les autorités sont désormais sous pression pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise. Pour les familles des victimes, l’attente est insupportable. Chaque audition, chaque révélation de l’enquête est un pas de plus vers la vérité, mais aussi un rappel douloureux de l’absence de leurs proches. « Nous voulons comprendre ce qui s’est passé, pourquoi personne n’a rien vu, pourquoi personne n’a agi », confie une mère de famille, dont la fille figure parmi les victimes. Des questions qui restent, pour l’instant, sans réponse. Alors que l’enquête se poursuit, une certitude émerge : l’incendie du Constellation n’est pas seulement une tragédie, mais le symptôme d’un système défaillant, où les négligences se sont accumulées jusqu’à provoquer l’irréparable. Les responsables, qu’ils soient propriétaires de l’établissement ou agents de la commune, devront répondre de leurs actes devant la justice. Et pour les familles, c’est peut-être là la seule lueur d’espoir dans cette nuit sans fin. Post navigation Grok sous le feu de Bruxelles : l’Union européenne ouvre une enquête après 3 millions d’images sexualisées générées Crans-Montana : l’enquête qui révèle les défaillances mortelles derrière l’incendie du Nouvel An