Leptospirose : trois jeunes hospitalisés en réanimation après l’achat de rats en animalerie

L’Agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté a lancé une alerte sanitaire le 15 janvier 2026 après la confirmation de trois cas graves de leptospirose chez des personnes âgées de 25 à 35 ans. Ces trois individus ont dû être hospitalisés en réanimation après avoir contracté cette infection bactérienne suite à l’achat de rats domestiques dans une même animalerie de Haute-Saône. Heureusement, les patients ont depuis récupéré et ont pu retourner chez eux. Cette série de cas intervient dans un contexte préoccupant, puisque début janvier 2026, un chien est également décédé de la leptospirose en Bretagne.

Une maladie à déclaration obligatoire en hausse depuis 2014

La leptospirose est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui peut être transmise de l’animal à l’homme. Relativement rare en France hexagonale, elle connaît néanmoins une augmentation préoccupante du nombre de cas depuis 2014, passant de 300 à 600 cas par an en moyenne selon Santé Publique France.

L’incidence de la leptospirose atteint environ 1 cas pour 100 000 habitants par an en France métropolitaine, avec 570 cas recensés en 2023 soit une incidence de 0,87 cas pour 100 000 habitants. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté présentent les incidences les plus élevées.

Dans les départements et territoires d’outre-mer, la situation sanitaire est considérablement plus grave, avec des taux d’incidence 12 à 70 fois plus élevés qu’en métropole, faisant de la leptospirose un véritable problème de santé publique. À l’échelle mondiale, le nombre de cas annuels est estimé à plus d’un million, avec un taux de mortalité dépassant les 10%.

Comment se transmet la bactérie leptospire

La leptospirose est causée par une famille de bactéries appelées leptospires, transmises principalement par les urines d’animaux infectés. Ces bactéries survivent facilement en milieu extérieur, notamment dans l’eau douce et les eaux boueuses, explique l’Institut Pasteur.

Les principaux réservoirs animaux sont les rongeurs comme les rats, les insectivores, les animaux d’élevage tels que les bovins, chevaux et porcs, ainsi que les animaux de compagnie comme les chiens. La bactérie pénètre dans l’organisme humain par les blessures cutanées ou les muqueuses après un contact direct avec les urines des animaux contaminés, avec les réservoirs animaux infectés, ou avec des objets souillés par leur urine.

Des symptômes trompeurs qui retardent le diagnostic

L’incubation de la leptospirose dure généralement entre 5 et 14 jours. La maladie se manifeste initialement par une fièvre élevée, des frissons, des maux de tête intenses, des yeux très rouges caractéristiques, des douleurs musculaires et articulaires, et parfois une toux.

Selon l’Institut Pasteur, aucun signe clinique n’est véritablement spécifique, mais l’existence d’un ictère conjonctival (jaunissement du blanc de l’œil) et de myalgies (douleurs musculaires) est particulièrement évocatrice. Le caractère peu spécifique des symptômes initiaux constitue un réel danger, comme l’explique Pierre Fabing, vétérinaire au 3115 : “La leptospirose débute souvent par des symptômes peu spécifiques : fièvre, fatigue intense, douleurs, abattement. Chez le chien comme chez l’homme, ce caractère trompeur peut retarder le diagnostic”.

De l’état grippal au syndrome de Weil potentiellement mortel

La leptospirose présente de nombreuses formes cliniques, allant du simple état grippal à l’atteinte multiviscérale grave avec syndrome hémorragique. Dans 20% des cas, la forme modérée se complique d’un syndrome hémorragique et peut évoluer vers une atteinte rénale, hépatique, méningée ou pulmonaire.

Le syndrome de Weil désigne la forme la plus grave de la maladie. Il associe une insuffisance rénale aiguë, des atteintes neurologiques sévères telles que des convulsions ou un coma, et des hémorragies pulmonaires ou digestives. Dans cette forme extrême, la maladie est potentiellement mortelle. Si le patient survit, la convalescence est longue mais généralement sans séquelle, bien que des atteintes oculaires puissent survenir plus tardivement.

Diagnostic par PCR et sérologie

Le diagnostic de la leptospirose repose sur deux méthodes complémentaires. La recherche directe de la bactérie dans le sang ou les urines par test PCR peut être effectuée dès les premiers jours de la maladie. La recherche des anticorps associés à la leptospirose par sérologie (ELISA IgM) devient possible à partir du sixième jour après l’apparition des symptômes.

Une fois diagnostiquée, la leptospirose peut guérir spontanément dans ses formes modérées, mais l’administration d’antibiotiques est généralement recommandée. Dans les formes sévères comme le syndrome de Weil, une hospitalisation en urgence et l’administration d’antibiotiques par voie intraveineuse sont absolument nécessaires, associées à une prise en charge en réanimation médicale.

Mesures préventives collectives et individuelles

À l’échelle collective, les moyens de prévention efficaces comprennent la dératisation systématique, le drainage des zones inondées, et le contrôle des eaux provenant des zones d’élevage. Ces mesures visent à réduire les réservoirs animaux et limiter les environnements favorables à la survie des leptospires.

Au niveau individuel, le port d’équipements de protection constitue la première ligne de défense. Gants, lunettes et bottes sont conseillés lors d’activités à risque. Il est également fortement déconseillé de se baigner en eaux douces si l’on présente des plaies cutanées, particulièrement après de fortes pluies qui augmentent la concentration de bactéries dans l’eau.

Un vaccin humain contre la leptospirose est disponible en France pour les travailleurs les plus exposés professionnellement, notamment les égoutiers, éleveurs, éboueurs, agents d’entretien des espaces verts et personnels d’animaleries. Ce vaccin n’est cependant pas disponible dans tous les pays, comme en Belgique où la maladie est pourtant reconnue comme maladie professionnelle.

Protection des chiens et vigilance renforcée

Face à cette menace sanitaire, le numéro national 3115 pour les urgences vétérinaires a émis une alerte le 21 janvier 2026 concernant cette zoonose mal connue du grand public. Pour protéger les chiens et par extension leurs propriétaires, plusieurs recommandations essentielles ont été formulées.

La vaccination annuelle des chiens reste indispensable, même si elle ne protège pas contre l’ensemble des 250 souches de leptospires actuellement identifiées, mais uniquement contre les plus fréquentes. Il convient également d’éviter les eaux stagnantes et zones boueuses lors des promenades, de renforcer l’hygiène après contact avec des milieux humides, et de consulter rapidement un vétérinaire en cas de symptômes inhabituels.

Chaque année en France, plusieurs centaines de cas de leptospirose canine sont diagnostiqués, constituant une urgence vétérinaire absolue. Les chiffres sont alarmants : 20 à 50% des chiens atteints d’une forme sévère, même hospitalisés, ne survivent pas. Sans prise en charge rapide, le taux de décès atteint 90 à 100%.

Enquête sanitaire et mesures d’urgence en Bourgogne-Franche-Comté

Suite à la découverte des trois cas graves en Haute-Saône, l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté a mené une investigation approfondie qui a permis d’identifier l’origine commune de la contamination : une même animalerie où les trois victimes avaient acheté des rats domestiques. La Direction de l’emploi, du travail et des solidarités (DETS) a été immédiatement impliquée et plusieurs mesures préventives ont été déployées.

Ces mesures incluent l’inspection du point de vente incriminé, la communication avec le fournisseur d’animaux, et la prise de contact avec toutes les animaleries de la région pour prévenir d’autres cas similaires. Cette réactivité des autorités sanitaires illustre la gravité de la situation et la nécessité d’une surveillance renforcée des établissements commercialisant des animaux susceptibles d’être porteurs de leptospires.

Un témoignage glaçant publié début janvier 2026 illustre la dangerosité de cette contamination en animalerie. Mélissa, maman de trois enfants, a frôlé la mort après l’adoption d’un rat en animalerie en novembre 2025. Transférée en réanimation du 26 au 28 novembre, elle a reçu un traitement antibiotique massif incluant Ceftriaxone, Amoxicilline et Aciclovir. “On me lavait, je ne pouvais rien faire seule. J’aurais pu y laisser ma vie. Mes enfants auraient pu être contaminés”, témoigne-t-elle.